
Les problématiques
Pour la plupart des économistes à l’origine était le troc. Mais il présentait de nombreux inconvénients : coûts de stockage et de transport des marchandises, indivisibilité de nombre d’entre elles, nécessité d’une double coïncidence des besoins (A a ce que veut B et veut ce dont dispose A). Dès lors que les échanges se multiplient et deviennent complexes, le procédé n’est plus adapté.
C’est pourquoi un élément, pris parmi tous les autres, a fini par s’imposer comme étalon pour évaluer tous les autres. L’échange monétaire s’est alors généralisé pour des raisons de commodité. L’accent mis sur ces aspects fonctionnels permet d’évacuer le fait que la monnaie est liée au pouvoir.
Depuis Aristote il est d’usage d’en distinguer trois, deux dans l’espace et une dans le temps.
En tant qu’intermédiaire des échanges, elle est un « agent de circulation » des biens dans l’espace où elle est reconnue. Elle facilite et accélère les échanges en séparant l’acte d’achat et de l’acte de vente. Dans le troc on avait M (marchandise) contre M (autre marchandise). Désormais on a M – A (pour argent) – M
Comme unité de compte, la monnaie est dans ce même espace la référence commune qui simplifie la fixation des prix. En effet dans une économie de troc à 4 biens : A, B, C, D, il faut calculer 6 prix relatifs : Pa/b, Pa/c, Pa/d puis Pb/c, Pb/d et Pc/d. Pour n biens il faut calculer n(n – 1)/2 prix. Mais si un des biens, par exemple le bien a, est choisi comme unité de compte, il suffit de calculer 3 prix relatifs : Pb/a, Pc/a et Pd/a. Si il y a n biens il suffit de calculer (n – 1) prix, ce qui diminue considérablement le nombre de calculs à effectuer.
La monnaie permet donc d’établir une échelle de prix simple et unique exprimés en unités de compte. La difficulté est qu’une « vraie » unité de compte devrait avoir une valeur intangible comme l’est celle du mètre-étalon pour les distances. Or l’or et l’argent sont des étalons qui, en tant que marchandises, ont une valeur fluctuante. Ils ne remplissent donc pas cette condition. Au terme d’une longue évolution, le problème a été surmonté en déconnectant la valeur de la monnaie de toute référence à un bien particulier. Son seul fondement est la confiance placée dans la pérennité de son pouvoir d’achat. Son secret ne réside donc pas dans sa nature matérielle.
Les mots à retenir
La monnaie est un des moyens de détenir et conserver de la richesse à travers le temps. Mais elle est dotée d’un avantage spécifique, la liquidité. Ce critère permet de la distinguer des actifs financiers (actions, obligations) dont la conversion monétaire demande un délai et sur laquelle pèse un risque de perte en capital. Cette troisième fonction a joué un rôle de plus en plus décisif avec l’avènement du capitalisme. C’est elle qui permet l’épargne et l’investissement mais aussi la thésaurisation et la spéculation.
Les trois fonctions précitées sont, en partie, contradictoires.
En tant que réserve de valeur , il faut la conserver la monnaie, ce qui s’oppose en partie à l’échange qui exige, au contraire, sa circulation rapide. En outre, la fluctuation de la valeur de la monnaie crée, elle-même, une instabilité incompatible avec sa fonction d’unité de compte. Cette incohérence participe à l’opacité de la monnaie qui la transforme en outil de domination aux mains de ceux qui en maitrisent les mécanismes mais au détriment du plus grand nombre qui ne les comprend pas et n’est pas en mesure d’en tirer parti. Cela conduit à envisager la monnaie comme un phénomène social et politique devenue aujourd’hui un outil majeur de la politique économique
Eléments à retenir