Auteur/autrice : Pierre Robert

  • Emmanuel Macron est-il notre Gorbatchev ?

    Emmanuel Macron est-il notre Gorbatchev ?

    Emmanuel Macron est-il notre Gorbatchev ?

    Comparaison n’est pas raison. Mais les analogies sont parfois éclairantes.

    Jacques Marseille disait de la France qu’elle était « une sorte d’Union Soviétique qui aurait réussi ».

    C’était il y a 14 ans. Depuis 2004 les maux qu’il dénonçait se sont encore aggravés. L’éducation nationale continue à exclure en prétendant le contraire. Souvent comparée à l’armée rouge avec son million de fonctionnaires, elle engloutit des ressources toujours plus considérables (plus de 50 milliards d’euros en 2018) en dégringolant toujours plus bas dans le classement PISA. L’équilibre de notre système de retraites n’est toujours pas assuré et les dépenses de santé continuent à progresser plus vite que la richesse nationale. Notre système de lutte contre l’exclusion ne parvient plus à faire reculer la pauvreté, alors qu’avec 1% de sa population, nous assurons 15 % des dépenses sociales du globe. La création d’emplois patine et échoue à faire reculer significativement le chômage en dépit des mesures prises. La progression des dépenses publiques poursuit sa course folle malgré les freins qu’on tente de lui opposer, gonflant sans cesse davantage la baudruche des dépenses improductives.

    Face à cela le projet du Président est de réparer ce qui doit l’être et de faire enfin ce que ses prédécesseurs n’ont pas pu ou pas voulu faire.

    Cela rappelle étrangement l’esprit de la perestroïka au siècle dernier.

    Emmanuel Macron serait-il le Gorbatchev d’un système technocratique français à bout de souffle ?

    Le fait qu’il ait à résoudre deux problèmes du même ordre que ceux qui se posaient à l’Union Soviétique dans les années 1980 peut le faire penser. Ce pays était alors affaibli par le très bas niveau de productivité de ses travailleurs et se montrait incapable de le faire progresser. La France aujourd’hui est confrontée au très bas niveau de son taux d’activité, inférieur de 10 points à celui de l’Allemagne, et à une durée du travail anormalement faible.

    Autre parallèle troublant, l’économie russe était étouffée par l’omniprésence d’une bureaucratie tentaculaire qui par ses interventions multiformes paralysait tout espèce d’initiative privée. Avec ses presque 6 millions d’agents publics, la France suit une pente identique. La différence n’est que de degré et au rythme où prolifèrent les normes et les niveaux d’administration on peut envisager qu’un jour l’écart sera comblé…

    Pour remédier à la situation, Gorbatchev avait mis en oeuvre deux types de mesures qui n’ont pas fonctionné..

    Les premières visaient à plus de transparence. Notre pays s’est engagé résolument dans la même voie avec notamment le parquet financier, la haute autorité pour la transparence de la vie publique et la volonté de contrôler les « fake news » pour assurer la transparence de l’information.

    L’autre piste avait pour mot d’ordre la « restructuration » d’un système languissant en demandant à la bureaucratie de lui insuffler plus de dynamisme, ce que par nature elle est à priori bien incapable de faire.

    Le projet de transformer notre pays en « start up nation » sous la houlette d’un Etat qui, comme par miracle, deviendrait stratège alors qu’il est plus que jamais obèse ne relève-t-il pas de la même veine?

    Pour lever ces interrogations deux scénarios sont envisageables.

    Le premier est que le Président parvienne à mettre en œuvre son projet de transformation de la France. C’est une tâche de titan, tant sont fortes les résistances de notre tentaculaire appareil d’Etat et de sa fonction publique prête à scier la branche sur laquelle elle est assise plutôt que de concéder la moindre parcelle de ses prérogatives.

    Mais il faut espérer qu’il y réussisse. Car l’autre scénario est beaucoup moins réjouissant. Si la manœuvre échoue, le pays a toutes les chances de tomber entre les mains d’un tribun haranguant les foules juché sur un char d’assaut virtuel . Comme Eltsine et comme le joueur de flute de la fable, il mènerait très sûrement le pays à la ruine. Combien d’années perdues et de souffrances inutiles faudrait-il pour le relever ? Et au bout du tunnel, qui serait notre Poutine ?

    Pierre Robert – Institut Sapiens

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  • Améliorer l’enseignement de l’économie, un enjeu démocratique

    Améliorer l’enseignement de l’économie, un enjeu démocratique

    Article du 25 mai 2018 pour Les Echos

    LE CERCLE/POINT DE VUE – Les Français n’ont pas les bases pour comprendre l’économie. Les familiariser est un exercice indispensable pour la santé de notre démocratie.

    Par Olivier Babeau (président de l’Institut Sapiens, chroniqueur aux « Echos »), Pierre Robert (professeur agrégé de sciences économiques et sociales)

    Les Français sont nuls en économie. Un constat qui pose évidemment d’abord un grave problème économique, puisque tant de décisions des acteurs, publics comme privés, sont liées à une compréhension des mécanismes en jeu. Edmund Phelps, prix Nobel en 2006, a calculé que ces lacunes faisaient perdre à la France un point de croissance chaque année.

    Il est aussi possible de voir dans cette ignorance une cause de la préoccupante montée de propositions politiques extrêmes qui ont pour point commun de piétiner la raison et de bloquer les réformes. Familiariser enfin les Français avec l’économie s’impose dès lors comme un exercice indispensable pour la santé de notre démocratie.

    Ignorance préoccupante

    Un  avait montré en 2017 que deux tiers des Français n’avaient aucune idée de l’ordre de grandeur du PIB ou de la dette publique. Pire encore, près de 40 % d’entre eux estimaient la situation du commerce extérieur de la France assez bonne ou même très bonne… Des résultats semblables sont obtenus concernant le montant du SMIC et le coût réel des charges pour l’employeur.

    De la même façon, une enquête menée par l’institut d’études BVA a montré qu’un fort pourcentage des personnes interrogées ne sait pas effectuer un calcul d’intérêts simple. À la question « Si vous avez placé 100 euros et que le compte est rémunéré à 2 %, combien aurez-vous au bout d’un an sur votre compte ? », 42 % des personnes interrogées en 2014 ne donnaient pas la bonne réponse, soit 102 euros.

    Il ne s’agit pas de ranimer la querelle née du livre de Cahuc et Zylberberg (« Le négationnisme économique », dont voici les meilleurs extraits), qui a eu le mérite d’alerter contre certaines dérives d’une discipline qui essaye tant bien que mal de prétendre à la scientificité. Au-delà des débats qui peuvent opposer telle ou telle école, il est indéniable que la compréhension de certains mécanismes, désormais bien connus, est indispensable pour tenir des raisonnements économiques corrects, comme l’effet d’une baisse des taux d’intérêt sur le prix des actifs, sans parler évidemment des notions basiques (comme la différence entre chiffre d’affaires et bénéfice !).

    Prise de conscience

    Les causes de notre ignorance sont à chercher dans notre détestation culturelle de l’économie de marché. L’influence des communistes après-guerre a très profondément marqué notre relation à l’économie. On en trouve l’écho dans la façon assez politisée dont nombre d’enseignants du secondaire en sciences économiques et sociales conçoivent aujourd’hui leur mission. L’étendue démesurée du programme prétendant embrasser à la fois l’économie, la sociologie, la démographie et les sciences politiques en accentue le flou et favorise un traitement extrêmement superficiel des questions essentielles qui ne sont pas assimilées.

    La réforme annoncée du baccalauréat offre une occasion unique de remettre en chantier tout ce pan de notre système éducatif. La nomination par le gouvernement d’un groupe de travail dirigé par l’économiste Philippe Aghion est la preuve d’une prise de conscience réelle. Il faudra la traduire en acte en revoyant en profondeur le programme du lycée afin de laisser plus de place aux concepts et mécanismes de base et moins aux opinions militantes.

    Il faut aussi favoriser l’émergence de nouveaux outils de découverte de l’économie comme les études de cas, les simulations ou les « jeux sérieux », encourager les approches transdisciplinaires mettant en évidence les phénomènes économiques présents dans l’histoire. De nouveaux canaux de transmission devraient aussi être développés, dont évidemment les cours en ligne et les sites spécialisés dont il convient d’encourager l’éclosion.

    Chaque citoyen devrait être doté des clés de compréhension lui permettant d’appréhender en toute indépendance intellectuelle un vaste champ de questions allant de la compétitivité des entreprises à la cohésion de notre société. Il est essentiel pour notre stabilité politique comme pour notre prospérité future d’enseigner le raisonnement et la logique économique à tous les citoyens, de manière aussi neutre, complète et non dogmatique que possible.

    Olivier Babeau est le président de l’Institut Sapiens. Pierre Robert est professeur agrégé de sciences économiques et sociales.

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  • Les Français adorent l’économie, mais n’y comprennent rien

    Les Français adorent l’économie, mais n’y comprennent rien

    Article du 15 mai 2018 pour Le Figaro Economie

    Dans une étude, l’Institut Sapiens pointe «l’inculture économique des Français», qui ferait perdre à l’Hexagone un point de croissance par an. Le think tank propose de nombreuses pistes pour y remédier en sensibilisant le grand public.

    Des Français intéressés par les questions économiques… mais très novices en la matière! C’est le constat d’une étude publiée par l’Institut Sapiens – un think tank libéral – qui évoque «une inculture économique des Français». Selon un sondage Kantar Sofres de novembre 2017, 56% des Français disent s’intéresser à l’économie (37% «assez» et 19% «beaucoup»). Mais parallèlement, ils s’y connaissent peu. Selon un autre sondage IFOP-Fiducial d’octobre 2017, 63% des personnes interrogées n’ont aucune idée de l’ordre de grandeur du PIB de la France pour l’année 2016 et 65% n’ont aucune idée du montant de la dette publique. En outre, la moitié des répondants n’a qu’une idée très approximative du montant net du SMIC.

    » LIRE AUSSI – La dette publique atteint 2226 milliards d’euros

    Une situation problématique alors que l’économie est de plus en plus présente dans les débats politiques – ce fût notamment le cas lors de la dernière élection présidentielle – et que «cette discipline est devenue un outil indispensable à la compréhension du monde», estime l’Institut Sapiens. Plus grave encore – selon le think tank – cette «méconnaissance» coûterait cher à la France en termes de croissance et d’emploi (allocation peu satisfaisante de l’épargne des ménages, défiance excessive envers le monde de la finance, obstacle à la mise en œuvre de réformes pourtant indispensables, etc…). L’Institut Sapiens cite notamment les travaux de l’économiste américain Edmund Phelps – prix Nobel d’économie en 2006 – qui a calculé que ces lacunes faisaient perdre à la France un point de croissance chaque année.

    Objectif: élever le niveau général des connaissances en économie

    L’Institut Sapiens ne se contente pas de dresser un constat. Il propose également des solutions concrètes et tente de répondre à la question suivante: comment élever le niveau des Français en économie? «Les Français manquent des connaissances qui leur permettraient de saisir dans leur complexité les grands enjeux économiques (…) Dans cette perspective l’élévation du niveau général de connaissances en économie est devenue une nécessité», pour tous les citoyens, explique notamment le think tank.

    «Recentrer le programme sur l’apprentissage des mécanismes économiques de base au lieu de se disperser»

    Extrait de l’étude de l’Institut Sapiens

    Selon l’Institut Sapiens, cette «inculture économique» rend par ailleurs difficile «l’adaptation de l’économie française aux mutations en cours». Voici les pistes proposées dans l’étude:

    Dans le secondaire, l’Institut Sapiens préconise d’ouvrir l’enseignement de l’économie à tous les élèves de seconde et de recentrer le programme sur l’apprentissage des mécanismes économiques de base, au lieu de «se disperser sur un trop grand nombre de thèmes dont aucun n’est au final maîtrisé». Il est ensuite question d’approfondir les acquis de la classe de seconde en première puis en terminale.

    Dans le supérieur, le think tank propose «d’introduire un enseignement rigoureux de l’analyse économique dans toutes les grandes écoles ainsi qu’à l’École nationale de la Magistrature. À Sciences-po et à l’ENA, l’Institut Sapiens préconise «d’étendre cet enseignement au-delà du seul examen des politiques publiques et de la glorification de l’action de l’État». Quant à l’université, l’étude prône l’adoption d’une approche disciplinaire plus large qui ne soit pas aussi centrée sur les mathématiques et les techniques quantitatives».

    Des programmes de vulgarisation de l’économie

    Enfin, concernant le «grand public», l’Institut Sapiens propose de multiples pistes: soutenir et développer les initiatives déjà existantes (Cité de l’économie et de la monnaie, Institut de l’Entreprise, sites d’éducation financière, journées de l’économie, printemps de l’économie, prix du livre d’économie, etc…), encourager les professeurs et les étudiants à créer des sites visant à mettre la culture économique à la portée de tous et mettre en place un portail pour les référencer, créer une base de podcasts facilitant l’accès aux émissions mises en ligne par les radios, organiser la diffusion par des chaînes de télévision d’un programme court de 2 ou 3 minutes à une heure de grande écoute ou encore favoriser l’accès à des programmes de vulgarisation de l’économie sur les réseaux sociaux comme les MOOC («Massive Online Open Courses», ce qui veut dire «cours en ligne ouvert et massif) ou «des sites spécialisés dont il convient d’encourager l’éclosion». Avec tout cet arsenal, nul doute que les Français se sentiront un peu moins déboussolés lors des prochains débats sur la croissance, le chômage ou la dette.

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